1. L'origine et l'historique du SEL : Systèmes
d’Échanges Locaux
2. L'origine de l'acronyme, SEL
Information :
* Pour consulter les informations, cliquez
sur le titre souligné
* Pour revenir
sur la page précédente, cliquez en haut à gauche sur la fleche
1. L'origine et l'historique du SEL : Systèmes
d’Échanges Locaux
Brève histoire du LETS :
Aux crises suscitées par
le capitalisme dans son train d'ascensions et de chutes n'ont cessé de répandre
des tentatives de redéfinitions du système monétaire. Tout se passe comme si
c'était à cet outil qu'est l'argent que l'on pouvait demander les raisons des
dysfonctionnements socio-économiques et leur remède.
On
trouve au long de
l'histoire des expériences de lancement d'une monnaie locale,
mais c'est
l'ouvrage de Silvio Gesell (1862-1930), L'ordre économique
naturel, qui a
conféré à ces expériences leur
portée théorique. Gesell a donné sa doctrine
à
l'école dite de « l'économie
libre » qui récuse la monnaie
conventionnelle en raison de sa fonction double, instrument de
circulation et
de thésaurisation, qui oppose l'intérêt des acteurs
à l'intérêt collectif. Dans
le cadre d'une « économie naturelle », il
convenait au contraire que
l'intérêt égoïste de chacun concoure au bien
commun. Il fallait donc redéfinir
l'argent de telle sorte que les nantis aient avantage à s'en
débarrasser,
c'est-à-dire à le faire circuler. L'activité
économique s'en trouverait
accélérée, la demande de biens accrues et
l'accès au crédit facilité.
Pendant la crise des
années 30 une expérience célèbre eut lieu à l'initiative du maire de Worgl, une
petite ville du Tyrol autrichien. Celui-ci, voyant l'infrastructure de sa ville
s'écrouler, le chômage et la pénurie s'étendre, décida de s'inspirer des
théories de Gesell et de créer une monnaie locale dont la caractéristique
principale était de se déprécier d'1% tous les mois (pour qu'un billet reste
valable un timbre devait être apposé au billet un jour donné de chaque mois).
L'argent local se mit à circuler à toute vitesse car les gens avaient intérêt à
le dépenser, et devaient le dépenser localement, dans le seul circuit où il
avait cours. En une année l'économie locale reprit du souffle et le nombre des
chômeurs baissa considérablement. Worgl devint un centre d'intérêt pour les
économistes du monde entier. Mais, alors que d'autres communes autrichiennes
s'apprêtaient à suivre son exemple, la Banque Nationale
Autrichienne entreprit une action en justice et ce système d'économie
alternative disparut en 1933
Le « LETS » :
Le premier LETS (Local
Exchange and Trading System) est né en 1983 au Canada sans référence théorique.
L'idée était simplement de rationaliser le troc local afin de tirer parti des
nombreux savoir- faire sous-employés dans une région qu'avaient désertées les principales entreprises productrices d'emploi.
Le troc ne se ferait plus entre deux personnes mais au travers du système et de
son unité d'échange, le "dollar vert", qui équivalait
conventionnellement au dollar canadien. Un comptable enregistrait les montants
échangés et informait les participants de leurs soldes. Cette première
tentative fut mise en faillite par une perte de confiance des principaux
échangeurs. Un participant accusa une dette de 14.000 "dollars verts"
ce qui mit le système en danger au point qu'on ne tenta même pas de remise à
niveau des comptes.
C'est rétroactivement, et
notamment avec la publication en Angleterre du livre de Guy Dauncey After the
crash : the émergence of the rainbow economy
(1988) que l'expérience canadienne s'est inscrite dans la filiation des
économies alternatives, qui visent une redéfinition de l'argent mettant
l'intérêt égoïste de chacun au service de l'intérêt de la communauté. Dès la
fin des années 80, les systèmes Lets commençaient à proliférer en Angleterre,
dans des zones où le chômage atteignait des taux records. Et cela, selon une
dynamique de réseau : un véritable kit contenant des conseils, des
encouragements, des adresses, des échantillons de "chèque", de bilan
comptable, de listes de services, et même un logiciel, est mis à disposition de
tout groupe débutant, mais chacun à la tâche d'adapter le dispositif aux
particularités locales.
La "charte"
Lets, qui donne son identité au système, inclut les principes suivants : les
participants évaluent eux-mêmes les transactions; il n'y a pas d'obligation
d'accomplir des transactions; le système Lets tient la comptabilité des
échanges en termes de débit et de crédit, évalués selon une "unité de
compte" définie localement; seules ces unités entrent dans la
comptabilité, mais un complément monétaire peut être convenu lors d'une
transaction, dans le cas notamment où le service entraîne un coût monétaire
(essence, achat de matériel...); le système central diffuse les offres de
service émanant des participants, mais n'est pas responsable de la qualité de ces
services, de la compétence de ceux qui les proposent ou de leurs problèmes de
taxe et d'impôts; l'état du compte de chacun peut être communiqué à d'autres,
et la situation de tous les comptes peut être périodiquement communiquée à
tous. Enfin, et surtout, les comptes en crédit ou en débit ne donnent lieu à
aucun intérêt, et les membres ne sont pas tenus à avoir un compte positif pour
accéder à un service.
Afin d'éviter que ce
système de "compensation d'échanges locaux" ne rencontre l'écueil
canadien, l'accent est mis sur la convivialité, la transparence et la
participation de tous aux problèmes de fonctionnement. Un comité est prévu qui
repère en temps utile les comptes "déviants" (dont le débit devient
trop élevé), et cherche avec leurs détenteurs les moyens de les rééquilibrer.
On estime que les Lets ont
proliféré en 1994 à raison de huit à dix par mois en Angleterre, au Canada, aux
USA, en Nouvelle Zélande, en Australie, en Irlande, aux Pays-Bas. Ils dépassent
désormais le millier, certains disparaissant très vite, d'autres s'étendant et essaimant. En Belgique on expérimente
déjà à Gand, Louvain et Anvers, et on discute à Bruxelles.
Maria Puig de la Bellacasa - François
Ducat
http://users.swing.be/ecotopie/selhist.html
Au Canada :
Les années 60 et 70 aux
Etats Unis ont vu de nombreuses expérimentations sociales, et entre autres
, des systèmes d’échange de savoirs et
des réseaux de baby-sitting, souvent basés sur une mesure en heures ou en
points.
Dans les années
70, la région de Vancouver, au Canada, connaissait un fort mouvement de retour
à la terre, avec des expériences coopératives et communautaires. De plus la
fermeture de l’industrie minière avait provoqué une augmentation du chômage.
Les gens manquaient d’argent.
En 1976, dans la ville
de Vancouver, David Weston lance un système d’échange appelé Community Exchange
(échange communautaire), où la mesure des échanges est fondée sur le temps.
Puis il lance un système semblable sur l’île de Vancouver, tandis qu’il donne
des conférences-ateliers, où un jeu montre aux gens comment l’argent
«normal » va toujours aux plus riches, et manque aux personnes et aux
régions pauvres.
Inspiré par cette idée,
Michael Linton démarre, toujours sur l’île de Vancouver, un système d’échange
fondé non plus sur l’unité de temps, mais sur le Green Dollar (dollar vert),
qui a une valeur équivalente au dollar canadien. Il appelle ce système Local
Exchange Trading System, LETS (Système d’échange et de commerce local). Il
réalise un logiciel informatique de gestion des échanges. Il crée une
entreprise, Landsman Ltd., afin de mettre en place un système expérimental et
de diffuser ses idées.
Dans le même temps,
d’autres systèmes se développent, dont celui de David Weston devenu le Green
Dollar Exchange (échanges en dollars verts). Ce système recommande le rapport
de salaires 1:3, c’est-à-dire, salaire minimum de 6 dollars/heure, maximum 18
dollars/heure (on est loin du rapport actuel de plus de 1 à 100). Il apporte
aussi une limite au solde négatif, afin d’éviter des débits trop grands. De
plus il s’appuie sur la participation et la responsabilité des adhérent-e-s,
avec des réunions régulières.
Le LETS de Michael
Linton se développe très vite, des entreprises locales y participent...
Mais deux ans et demi
plus tard, le système s’effondre. Des adhérent-e-s du système expliquent qu’il
a "mal tourné". Afin de ne pas refaire ces erreurs, voyons les
raisons qu’elles-ils donnent :
Le système était dirigé
par une seule personne, sans participation des adhérent-e-s. Cela contribuait à
un manque de confiance, et les membres ne pouvaient pas intervenir lorsque les
choses allaient de travers.
On a appris qu’un
participant avait un débit de 14 000 "dollars verts". On a eu
l’impression qu’il profitait du système sur le dos des autres. Une telle dette,
par rapport au taux d’intérêt de 12% à l’époque, représente un gain de 140
dollars par mois.
Le système s’est révélé
non transparent. Bien que les règles prévoient qu’un-e adhérent-e puisse
demander le solde et le mouvement de chaque compte, en fait, personne ne le
faisait. On invoquait la
Confiance. En réalité, une demande de connaître le solde d’un
compte devait être transmise à la personne concernée, démarche difficile et
dissuasive. Les entreprises atteignaient des hauts crédits sans possibilité de
les dépenser. Deux ont fait faillite. Elles auraient aussi souhaité la
possibilité de gérer informatiquement leur compte.
Linton
espérait que le
système puisse augmenter jusqu’à des proportions
énormes, ce qui s’est révélé
irréaliste. De plus, il comptait sur le LETS,
considéré comme une entreprise de
services, pour assurer son propre revenu tandis qu’il
développait et diffusait
le concept LETS. Mais c’était une charge financière
trop importante pour un
groupe expérimental local.
Sur les 25 LETS lancés
au Canada, seulement la moitié fonctionnait encore en 1992..
En Australie :
Jill Jordan diffuse le
concept du LETS, mais métissé de caractéristiques issues du Green Dollar
Exchange. Et ça marche ! 45 LETS en 1991, 200 en 1994, dont Blue Mountain, le
plus gros LETS au monde avec 1800 adhérent-e-s.
Ces LETS sont gérés
collectivement, et reprennent de nombreuses caractéristiques des Green Dollar
Exchange. Par exemple, les bons d’échange. Certains posent des limites au
débit. En fait chaque groupe redéfinit le système à sa convenance, introduisant
une grande variété de fonctionnements. Le nom générique LETS a été adopté.
En Grande-Bretagne :
A partir de 1984, David
Weston introduit ses idées en Grande Bretagne par une série de conférences. Le
premier LETS britannique démarre à Norwich en 85. Le nombre de LETS augmente
très lentement. Puis un climat favorable se développe, avec l’aggravation de la
récession économique, la publication d’un livre sur les LETS, et l’intérêt des
médias. En 1991, Liz Shephard organise une conférence nationale sur les LETS.
Avec l’appui unanime de la conférence, elle lance Letslink UK, réseau de LETS
et agence de développement, et y travaille à temps complet. A partir de 91, le développement est
exponentiel, et il y a aujourd’hui au moins 600 LETS en Grande Bretagne.
En France :
En
France, Richard Knights du LETS de Totnes, de Grande-Bretagne, donne une
conférence pendant les journées
d’été du CIEPAD (Carrefour d’Echanges et de Pratiques Appliquées au
Développement) en 1994. Trois Ariégeois sont présents, et le SEL de l’Ariège
est lancé en octobre de la même année. Ce SEL prend en charge la traduction et
la diffusion de l’Infopack (« SEL mode d’emploi » anglais). Cet
Infopack, l’engouement des médias, et l’enthousiasme des pionniers provoquent
un développement rapide. Aujourd’hui (octobre 2007) il y a plus de 400 SEL en
France. La liste est consultable ou/et téléchargeable sur le site SEL'idaire = http://www.selidaire.org/spip/
Création du nom : SEL = « Système
d’Échange Local » en France
Lors de cette université d'été, il a été remarqué
que la traduction en français du titre Local
Exchange Trading System
comportait le mot « Trade = commerce», terme qui n’était pas
vraiment en harmonie avec l’esprit des échanges en monnaies locales. Il a été
suggéré de supprimer le mot « trade » dans le titre pour garder les 3
mots Système Local Échange et de le convertir en SEL SYSTEME D’ECHANGE LOCAL
Le nom des SEL français était né, SEL comme le sel
de la vie, grain de SEL …