Retour à l'accueil
ICI
A
lire absolument aussi avant de vous inscrire à un SEL Pourquoi rentrer dans un SEL ?
Premier
Palier : DES BESOINS PRATIQUES
Depuis la création du premier SEL en Ariège en
1994, la presse a présenté la plupart du temps le système en insistant sur son
côté pratique : sans argent, à part une monnaie locale virtuelle, spéciale
à chaque groupe, dont on n’a pas besoin de posséder la moindre quantité au
départ, et qui sert de marquage pour chaque opération, ses membres ont la
possibilité de se procurer des services et des biens auxquels ils n’auraient
peut-être pas accès autrement.

La diversité commence ici.
En effet s’il est possible que l’on ait manqué
d’argent pour payer ce service ou ce bien, il arrive aussi que l’on n’ait
trouvé personne pour l’obtenir : à la campagne, décidez un plombier à se
déplacer pour changer un joint de robinet ou un couvreur pour remettre en place
une ou deux tuiles. D’ailleurs ce professionnel existe-t-il tout court ? Il
n’est pas si facile de découvrir un professeur d’espéranto, quelqu’un capable
de vous apprendre à tisser ou un bricoleur averti prêt à vous montrer comment
le changer ce joint dont vous ignoriez même l’existence.
Car un des premiers bienfaits de ces échanges,
pratiqués d’égal à égal, c’est-à-dire sans lien de subordination et la plupart
du temps en commun, c’est de permettre à chacun d’apprendre quelque chose de
l’autre, qu’il s’agisse de l’emploi d’un outil, de la façon dont on peut vidanger
soi-même sa voiture ou d’utiliser les « mauvaises » herbes. Pendant
un de ces échanges, il est fréquent qu’une
personne qui doute d’avoir quoi que ce soit à proposer se rende compte qu’elle
sait bien plus de choses qu’elle ne le croyait et découvre que, comme tout être
humain, elle a en elle une richesse que les autres ne possèdent pas et un
pouvoir d’apprendre qu’elle ne soupçonnait pas..
Le SEL peut surpasser – gratuitement – les bilans de compétences
que l’ANPE fait passer à grands frais à
des chômeurs, sûrs au départ de ne
valoir plus rien sur le
sacro-saint marché du travail et qui ne retrouvent pas forcément cette confiance en eux sans laquelle ils
deviennent impuissants.
Le simple côté utilitaire du SEL est alors dépassé :
au hasard de ces échanges multilatéraux, il arrive qu’on débouche sur un désir,
voire une passion enfouie sous les occupations journalières, une passion surgie
du contact d’un outil, d’un livre prêté, d’une conversation. Certaines richesses
culturelles en danger de disparition peuvent ainsi être sauvées malgré le handicap du « pas
rentable » : la dentelle au fuseau, la taille de la pierre, la
pratique d’une langue oubliée, la cuisine
mijotée traditionnelle… bref, tout ce que le tout économique tend à faire
disparaître.
Autre aspect pratique : Certains SEL posent
les questions : qu’aimez-vous faire (et feriez volontiers pour les
autres), que détestez-vous faire (et aimeriez qu’on fasse pour vous) ? Être libéré d’une corvée peut permettre de
consacrer le temps récupéré à ce qu’on n’avait jamais le temps de faire. Qui
plus est, certaines corvées s’inversent, si on les accomplit à plusieurs.
Deuxième palier : SORTIR DE LA SOLITUDE
Qu’on arrive dans une région nouvelle, qu’on soit
absorbé par sa profession ou qu’on ne sache pas se faire des amis, la solitude
est souvent un fléau. On peut en sortir en s’inscrivant dans n’importe quelle association. Mais choisir le SEL où
« Le lien vaut plus que le bien », signifie un pas de plus.
On hésite parfois à demander un service à un ami,
de peur de le déranger s’il n’ose refuser. S’engager dans un SEL, c’est être
prêt à répondre aux appels des autres membres, tout en sachant qu’il est admis
de refuser ponctuellement une demande. Mais les termes de la transaction devant
être nettement indiqués dès le premier appel téléphonique, la situation est
claire.
Le lien va donc se créer sans gêne entre des gens
complètement différents par l’âge, la formation, le milieu social, les
expériences, etc. Au cours des réunions, on est souvent frappé par cette
diversité de personnes qui ne se seraient probablement jamais rencontrées en
dehors du SEL, et qui apprennent à s’apprécier malgré puis parfois à cause de
ces différences. C’est vrai que les bagarres sont parfois rudes, voire les
injures, et il arrive qu’un SEL n’y résiste pas ou qu’on le quitte. Mais si
« la famille » en sort victorieuse, elle sera plus forte et vous rendra
plus fort.
On voit à quel point à ce niveau les deux premiers
paliers de motivation se sont rejoints et complétés : une foule
d’activités à la fois pratiques et ludiques ne sont nées que grâce à des
contacts entre gens venant de tous les horizons. Ajoutons que, pendant un
travail en commun ou une réunion quelconque, le nombre de renseignements de
tous ordres qui passent de l’un à l’autre est incommensurable, justement à
cause de la diversité des gens.
Même dans un SEL dont les activités languissent et
où les échanges pratiques deviennent rares, la richesse de ces informations
justifie pleinement son maintien. A signaler à ceux qui affirment « qu’ils
n’ont pas le temps » que de simples contacts téléphoniques représentent
des échanges valables. Exemple : je bute sur certains problèmes pour
accomplir chez moi un travail de bricolage. Quelqu’un de plus expérimenté peut
me conseiller par téléphone pour la marche à suivre, les matériels et matériaux
à utiliser, où on peut les trouver, etc. Même remarque pour des démarches
administratives, des informations concernant la vie locale… Sans parler du
réconfort de trouver une oreille complaisante en cas de gros coup de cafard.
Troisième palier : CHANGER LA SOCIÉTÉ
On est tous d’accord là-dessus : il y a quelque
chose de pourri au royaume de l’argent et tout est à changer. Oui, mais
comment ?
Le fait de baser les relations entre membres sur la
confiance, sur le désir d’apporter à l’autre ce qui lui manque, engendre une
microsociété qui n’a plus pour but le profit
maximum et où toutes les ressources matérielles et intellectuelles du groupe
auront été exploitées. On y aura également appris que toute transaction est
productrice de richesse en elle-même. Parfois le service est réciproque :
si le tas de pierres qui m’empêchait de planter mes poireaux aide mon voisin à
construire un appentis, tout en me débarrassant, qui y gagne le plus ?…
Surtout si je range mes outils dans son appentis, et si nous mangeons ensemble
ma soupe aux poireaux.
Mais le Système d’Échange Local repose essentiellement
sur l’instauration d’une monnaie locale.
Au départ, la monnaie avait été créée pour
faciliter la circulation des biens et pour éviter l’inconvénient du troc
bilatéral : troquer une vache contre une boîte d’allumettes présente quelque
difficulté ! De plus j’ai besoin d’allumettes tout de suite, mais je ne
veux peut-être pas me séparer pour le moment de ma vache.
Puis la monnaie a subi des dérives : par l’épargne,
on a provoqué sa raréfaction, puisqu’elle était émise en quantités limitées par
une Autorité qui s’en donnait l’exclusivité (roi ou duc, puis banques) ; le
prêt a engendré des intérêts et c’est devenu de l’usure : les pays en
développement ont déjà remboursé plusieurs fois le montant de leur dette sans en être débarrassés pour autant à cause
de monstrueux intérêts ; enfin le fait que l’argent produise de l’argent a
engendré une gigantesque spéculation mondiale, responsable de manœuvres frauduleuses
du type Enron et de la ruine de pays, submergés par des capitaux étrangers
volatiles….
Premier acte du SEL donc : créer des monnaies
locales permettant aux biens, services,
savoirs de circuler sans entraves, grâce à la confiance, sans être thésaurisées
et sans fournir d’intérêts. D’abord indexées sur la monnaie nationale, elles le
sont de plus en plus souvent sur le temps : une heure de travail de 60 minutes
vaut uniformément 60 unités de compte. Ce qui conduit à décider que toute forme
de travail doit être considérée comme d’égale valeur, même si certaines
réévaluations sont parfois acceptées par les deux parties. C’est donner une
chance égale aux citoyens issus de milieux et formations différents. C’est
l’ouverture vers des pratiques démocratiques plus saines, la chance égale
s’accompagnant de voix égale de décision pour tous.
Une association comme la nôtre peut donc favoriser
l’apprentissage de la démocratie participative et constituer, avec d’autres
associations similaires, un contre-pouvoir politique sans lequel il sera
impossible de venir à bout d’une mondialisation spéculative qui ruine tous les
pays et menace la terre.
Cette démocratie participative et continue exige de
tous un long, un dur apprentissage. Il n’a de chances d’aboutir que grâce à la
volonté de chacun de lutter contre les démons de l’individualisme, du désir de
puissance et d’imposer son opinion ou au contraire de céder à la paresse,
l’indifférence, la passivité.
Parfois des idéalistes entrés dans un SEL pour
changer le monde abandonnent, découragés !
Mais celui qui ne voyait dans le SEL que la
possibilité de trouver un plombier peut y découvrir bien autre chose :
notamment que chacun en s’améliorant améliore tout le groupe puis la société
entière.
Par Mylène Rémy : Sel en Puisaye-Vaux d'Yonne